Apprendre · Fondamentaux

Qu’est-ce qu’une glace,
au juste ?

Une glace n'est pas seulement de la « crème congelée ». C'est l'un des aliments physiquement les plus complexes qui soient : glace, air, matière grasse, sucres et eau cohabitant en équilibre. Comprendre cet équilibre, c'est ce qui sépare une glace crémeuse d'un bloc de glace sucré.

Au fond, c’est un mélange de cinq éléments clés:
Glace
Air
Matière grasse
Sucre
Eau
Texture de la glace au chocolat tout juste lissée dans le bac
Texture de glace au chocolat avec une bande lissée au centre
En une phrase

La glace est une mousse partiellement congelée: de minuscules cristaux de glace et des bulles d’air pris dans un sirop crémeux de matière grasse, de sucres et de solides du lait qui ne congèle jamais complètement.

De quoi elle est faite

Les protagonistes
du mélange

Change les proportions et la glace change. Ouvre chaque élément pour voir ce qu'il apporte et ce qui se passe quand tu en mets trop ou pas assez.

L’ingrédient qu’on ne paie pas

L'air est un constituant de la glace comme un autre, et l'un de ceux qui commandent le plus la sensation de légèreté ou de fermeté au service. Il s'incorpore pendant le turbinage, pris dans l'air du laboratoire lui-même.

La matière grasse : corps et onctuosité

Elle vient de la crème, du lait ou de graisses végétales. Elle enrobe les bulles d'air et lubrifie le palais : c'est la principale responsable de cette sensation onctueuse, du corps en bouche et du fait que la glace fonde lentement et rond. Le juste milieu se situe autour de 8 %: c’est le chiffre que recommandent les maîtres glaciers. En dessous, elle perd son onctuosité ; au-delà de 12 %, elle empâte et éteint le goût.

  Au bon point

Une sensation onctueuse, un corps rond en bouche et une bonne tenue à la fonte.

  Hors de la plage

Peu : moins d’onctuosité et elle fond plus vite. Trop : ça empâte et ça éteint les arômes.

Les sucres : sucrosité et antigel

Ils font deux travaux à la fois : ils apportent du sucrant (POD) et abaissent le point de congélation (PAC). Chaque sucre — saccharose, dextrose, fructose, sucre inverti, miel, glucose… — tire d'un côté différent, et c'est pourquoi on n'en utilise presque jamais un seul. Le saccharose est la référence, avec un POD de 1 ; le dextrose sucre moins mais congèle presque le double, et c’est là le truc pour que la boule se prenne sans batailler.

  Au bon point

Une sucrosité équilibrée et une glace crémeuse et facile à spatuler à température de service.

  Hors de la plage

Peu : dure comme la pierre et sans intérêt. Trop : écœurante et elle ne prend pas bien.

Les solides du lait : la structure

Ce sont les protéines et le lactose du lait, apportés surtout par le lait en poudre écrémé. Ils retiennent l'eau, donnent du corps et aident à garder les cristaux de glace petits : c'est ce que l'on perçoit comme une texture fine. Mais ce lait en poudre apporte un 52 % de lactose, et au-delà de 6 % du total il cristallise et laisse un sablé caractéristique. C’est son plafond, et mieux vaut ne pas l’effleurer si la glace doit passer des jours au congélateur.

  Au bon point

Un corps ferme, une texture fine et une bonne rétention de l’eau, avec moins de cristaux.

  Hors de la plage

Peu : glace faible et cristalline. Trop : texture sableuse par excès de lactose.

Stabilisants : le contrôle de l’eau

À doses minimes — des dixièmes de pour cent — ils lient l'eau libre et stabilisent l'émulsion de matière grasse. Ils freinent la croissance des cristaux de glace pendant la conservation, c'est-à-dire au moment où la glace s'abîme vraiment. Ils se situent entre 0,3 et 0,6 %, et il faut les mélanger à sec avec une partie du sucre : jetés d’un coup sur le liquide ils s’agglomèrent et plus personne ne les défait.

  Au bon point

Une texture stable dans le temps et moins de cristallisation après des jours au congélateur.

  Hors de la plage

Sans eux : elle fond vite et cristallise tôt. En excès : gommeuse et lourde.

L’eau : la matière première de la glace

C’est le composant majoritaire et celui qui congèle. Tout le travail consiste à gouverner comment il le fait : en dessous de certaines 40 microns la bouche perçoit de la crème ; à partir d’environ 50 elle commence à les sentir, et passé les 100 la glace est nettement perçue comme grossière, avec de la glace. À la sortie de la turbine, seule la moitié de l’eau: du reste s’occupe le congélateur, et c’est de là que dépend sa tenue.

  Au bon point

Congelée en microcristaux, elle donne cette sensation crémeuse et sans grumeaux de glace en bouche.

  Hors de la plage

Trop d’eau libre ou mal maîtrisée : gros cristaux, texture grossière et glace dure.

L’air : le protagoniste invisible

Il n'apparaît pas sur la balance, mais sans lui il n'y a pas de glace : il s'incorpore au turbinage (le « foisonnement ») et gonfle le mix. Une sorbetière domestique en met entre 20 et 40 % du volume — c'est pourquoi un litre de glace pèse bien moins qu'un litre de mix. Ces bulles mesurent entre 50 et 80 microns, presque comme les cristaux de glace qui les entourent : c’est pourquoi, quand les cristaux grossissent, ils crèvent leurs parois et la glace perd son air.

  Au bon point

Légère et crémeuse : la boule se prend sans batailler et le froid n’anesthésie pas le goût.

  Hors de la plage

Peu : dense, dure et très froide. Trop : mousseuse, sans corps et sans goût.

Le secret

Pourquoi une bonne glace
ne congèle jamais complètement

À température de service, entre −12 et −10 °C, seule une partie de l’eau est de la glace. Le reste reste un sirop non congelé : c’est pour ça qu’on peut la spatuler.

En dessous, elle congèle plus d’eau, les cristaux grossissent et la glace devient dure comme la pierre.

Boule de sorbet tout juste prélevée à la cuillère à glace
POD · Pouvoir sucrant
%

Mesure combien sucre la recette par rapport au sucre courant, qui est la référence : saccharose = 1.

PAC · Pouvoir antigel
°C

Mesure de combien il abaisse le point de congélation. Plus le PAC est élevé, plus la glace reste souple à la même température.

Classification

Types de glace
selon leur composition

En France, les dénominations viennent du Code des pratiques loyales : ce qui sépare l’une de l’autre n’est pas le goût, c’est la matière grasse et le fruit.

Lis la dénomination, pas la photo

« Crème glacée » demande au moins 5 % de matière grasse laitière ; « sorbet », 25 % de fruit. La dénomination légale en dit plus que l’image sur l’emballage.

Qu'est-ce qu'une glace. Glace à la crème

Crème glacée

Minimum 5 % de matière grasse laitière, selon le Code des pratiques loyales.

Qu'est-ce qu'une glace. Glace au lait

Glace au lait

Le Code fixe des minimums pour la crème glacée et les sorbets, pas une échelle complète comme en Allemagne.

Qu'est-ce qu'une glace : glace au lait écrémé

Glace maigre

Sans minimum propre : ce qui compte est la dénomination de la crème glacée et celle du sorbet.

Qu'est-ce qu'une glace : glace

Glace

Minimum 5 % de matière grasse pour la crème glacée ; la glace aux fruits demande 15 % de fruit.

Qu'est-ce qu'une glace : glace à l'eau

Glace à l’eau

Sans minimum propre dans le Code ; l’usage la réserve aux bases sans lait.

Qu'est-ce qu'une glace. Sorbet

Sorbet

Sorbet : minimum 25 % de fruit et moins de 1 % de protéines laitières ; plein fruit, 45 %.

La France exige aussi une densité minimale

C’est le seul des trois marchés qui la demande, en plus des minimums de matière grasse et de fruit du Code des pratiques loyales. C’est pourquoi un même bac peut porter deux mentions à la fois : ce sont deux étiquettes qui s’ajoutent, pas deux types différents.

« À la fraise » et « goût fraise », ce n’est pas pareil

Pour porter le nom du fruit il faut un 15 % —un 10 % pour les agrumes et les fruits exotiques, et un 7 % pour les fruits à coque—. Si on n’y arrive pas, il faut écrire le mot « goût ».

La France impose une densité minimale

C’est le seul des trois marchés qui la demande. Si on monte tellement d’air que le litre descend trop, 430 g, le produit ne tient plus la dénomination. C’est la limite légale de l’air. mousse, mousse o monté.

Artisanale ou industrielle

Glace artisanale et glace
industrielle

La loi ne distingue pas entre artisanal et industriel : les sept dénominations ci-dessus valent pour les deux. Ce qui les sépare vraiment n'apparaît pas dans le nom, cela se voit sur l'emballage et se sent à la cuillère — et presque tout s'explique par un seul chiffre : combien d’air elle contient.

Vérifie-le toi-même au supermarché

L’emballage porte le volume en millilitres et le poids net en grammes, jamais ensemble. Divise le poids par le volume et tu sauras ce que pèse un litre de ce bac. C'est la seule façon de voir combien d'air tu paies.

C’est l’air qui les sépare le plus

L’industrielle peut atteindre 100 % d’air: la moitié du pot est de l’air foisonné. L’artisanale reste bien en dessous. À volume égal, l’artisanale pèse nettement plus que l’industrielle.

On ne les fait pas de la même façon

L’artisanale se turbine au laboratoire en petites quantités et se vend en quelques jours. L'industrielle est produite en continu et pensée pour supporter le transport, l'entrepôt et des semaines dans le congélateur du supermarché.

Matière grasse laitière ou végétale

L’artisan travaille avec du lait, de la crème et des fruits, ce qui donne le goût et le corps. L’industriel recourt souvent à graisses végétales et arômes: ils coûtent moins cher et donnent le même résultat à chaque lot de l’année.

Pour ne pas te rater chez toi

Pourquoi ta glace
maison rate

Presque tous les problèmes à la maison s’expliquent par l’une de ces cinq raisons. La bonne nouvelle : elles ont toutes une solution technique.

Glace maison avec des cristaux de glace et une texture sableuse dans un bac

Ça a le goût et le croquant de la glace

Gros cristaux par manque de solides, trop d'eau libre ou turbinage lent. Augmente l'extrait sec et refroidis bien le mix avant de turbiner.

Est dure comme la pierre

Il manque de l’antigel (PAC). Remplace une partie du saccharose par du dextrose ou du sucre inverti : ils abaissent davantage le point de congélation et ça reste spatulable.

Ça écœure ou ça n'a aucun goût

POD déréglé. Trop de sucre couvre le goût et ramollit trop ; trop peu la laisse fade et dure. Mesure le pouvoir sucrant avant de corriger la formule.

Fond en flaque

Sans stabilisant ou sans maturation. Hydrate le mélange à froid quelques heures avant de turbiner : il retient l’eau et tient mieux dans l’assiette.

Cristallise au bout de deux jours

Chocs de température au congélateur. Couvre au contact, conserve à −18 °C stables et évite d’ouvrir et fermer : le va-et-vient recristallise l’eau de la glace.

La racine de presque tout

Formuler sans mesurer. Commence par une recette équilibrée et comprends ce que fait chaque chiffre. Et si la tienne est déjà bizarre, diagnostique ta glace.

Vocabulaire

Quatre mots
que tu entendras toujours

Maîtrise-les et tu comprendras presque n’importe quelle recette ou formule de glacerie.

Tu les verras dans toutes nos recettes et dans le calculateur : c’est la langue des formules.

Foisonnement / air

L’augmentation de volume due à l’air incorporé au turbinage. Peu = dense et lourd ; beaucoup = mousseux et sans goût.

Extrait sec

Tout ce qui n’est pas de l’eau : matière grasse, sucres et solides. Plus d’extrait sec, moins d’eau libre et plus d’onctuosité.

Turbiner

Congeler en battant en même temps. Ce battage casse les cristaux de glace et incorpore de l’air : c’est l’étape qui donne la texture.

Maturation

La maturation au froid du mix avant turbinage. Elle hydrate protéines et stabilisant et améliore corps et texture.

Étape suivante

Tu sais maintenant ce que c'est.
Maintenant, avec quoi ça se fait

Tu sais maintenant ce qui se passe à l'intérieur : matière grasse, sucres, air et froid qui travaillent ensemble. L'étape suivante, c'est de l'amener dans ta cuisine — le matériel qu'il te faut, les ingrédients que tu vas acheter et le processus complet, pas à pas.

Questions fréquentes

Quelle différence entre une glace artisanale et une industrielle ?

Sur combien d'air ils contiennent, dans le type de matière grasse utilisée et dans le rythme de production. La loi, en revanche, ne les distingue pas: les dénominations valent pour les deux. Tu as le détail plus haut, dans le bloc artisanal et industriel.

Qu’est-ce que l’air de la glace, ou foisonnement ?

L’air incorporé au mélange pendant le turbinage, mesuré en pourcentage du volume initial. Ce n’est pas une astuce pour vendre moins de produit : sans air, la glace est immangeable, ce serait un bloc compact. Ce qui change entre une bonne et une mauvaise, c'est la quantité que l'on en met.

Pourquoi une glace ne congèle-t-elle jamais complètement ?

Parce que les sucres dissous abaissent le point de congélation de l'eau. À la température d'un bac, il reste toujours une partie de l'eau non congelée, et c'est justement cette part qui te permet d'y planter la cuillère. Dans chacune de nos fiches, nous indiquons quel pourcentage gèle à chaque température.

Le mantecado est-il un parfum ou une technique ?

Les deux, et de là vient la confusion. Turbiner est la technique qui consiste à congeler en battant. Turbinage, en revanche, est une dénomination légale avec une exigence précise de jaune d’œuf, pas un parfum : tu l’as plus haut, avec le chiffre. Qu’au comptoir on demande « un mantecado » en pensant au goût classique est une autre histoire.

Glace, gelato et sorbet, est-ce la même chose ?

Non. Le gelato c’est la glace à l’italienne : moins d’air et moins de matière grasse que l’américaine, et servie un peu moins froide. Le sorbet ne contient pas de produits laitiers, c’est une base d’eau et de fruit. Et sous « glace » tout rentre, ce qui fait partie de la confusion.

Combien de familles de glace existe-t-il ?

Attention, ce sont deux listes différentes. Les dénominations légales sont celles que tu vois ci-dessus et elles font foi sur l'étiquette. À part, il y a les familles de formulation avec lesquelles nous travaillons : ce sont les calculs qui changent, pas le nom légal. Et le reste — végétalien, sans lactose, sans sucre — ce sont variantes d'une base, pas des familles à part entière.

Comprendre la glace

La théorie,
racontée à ta mesure

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